Foire aux questions

Extrait du guide du Haut Conseil à l’Égalité femmes-hommes

  • L’argument d’utilité : « C’est une question accessoire ». La langue reflète la société et sa façon de penser le monde. Ainsi, une langue qui rend les femmes invisibles est la marque d’une société où elles jouent un rôle second. C’est bien parce que le langage est politique que la langue française a été infléchie délibérément vers le masculin durant plusieurs siècles par les groupes qui s’opposaient à l’égalité des sexes.
  • L’argument du masculin générique : « Le masculin est aussi le marqueur du neutre. Il représente les femmes et les hommes ». En français, le neutre n’existe pas : un mot est soit masculin, soit féminin. Et d’ailleurs, l’usage du masculin n’est pas perçu de manière neutre en dépit du fait que ce soit son intention, car il active moins de représentations de femmes auprès des personnes interpellées qu’un générique épicène. C’est tellement courant que nous en avons à peine conscience. Cette problématique pourrait être mise en parallèle avec l’histoire du suffrage universel. Le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a été universel jusqu’en 1944.
  • L’argument de la lisibilité : « Cela encombre le texte ». Au contraire, l’usage du féminin clarifie un texte puisqu’il permet de comprendre qu’on y évoque aussi des femmes ; cela évite au contraire d’avoir à le préciser de manière explicite. D’autre part, la réintroduction des termes féminins raccourcit les énoncés : «femme auteur», « femme ingénieur », «femme poète » sont des périphrases qui prennent plus de place qu’« autrice », « ingénieure », « poétesse »… Enfin, les femmes « n’encombrent » pas un texte.
  • L’argument esthétique: « écrivaine, pompière, ce n’est pas beau ! ». Le fait de systématiser l’usage du féminin est d’abord une question d’habitude. Ce n’est pas une question d’esthétique, car aucun mot n’est beau ou laid en soi. Les arguments contre ces usages sont souvent irrationnels. L’ouvrage La Grammaire en folie de Brigitte BLOCH nous remémore ainsi un énoncé de Bertrand POIROT-DELPECH, académicien, invité de Bernard PIVOT dans l’émission Bouillon de culture : « C’est le vaine d’écrivaine qui me gêne », feignant ne pas entendre que le mot « écrivain » contient l’adjectif « vain ». Les noms de métiers au féminin « dérangent » car ils traduisent le fait que des terrains conçus comme propres aux hommes sont investis par des femmes.
  • L’argument du prestige : « Les femmes elles-mêmes nomment leur métier au masculin ». Ces femmes ont parfaitement compris les messages envoyés par ceux qui ont fait disparaître les termes féminins et ceux qui aujourd’hui les disent impropres ou inconnus, leur signifiant que, supposées inférieures, elles n’auraient rien à faire sur leur terrain. Et nous ne pouvons d’ailleurs pas blâmer ces femmes «transfuges», qui transgressent des normes en intégrant des secteurs majoritairement occupés par des hommes, de chercher à se fondre dans les usages leur préexistant. Mais cela est dommage, car l’usage du féminin pour leur nom de métier par exemple ne diminue pas leurs compétences. De plus, ces femmes sont des pionnières et peuvent jouer un rôle important de modèle pour les générations à venir.
  • L’argument de l’homonymie : « On ne comprend plus le sens des mots ; traditionnellement “la préfète” désigne la femme du préfet ». La « préfète » désigne en effet deux personnes différentes. Mais ce problème ne peut être résolu en conservant des formules désuètes, correspondant à une société où, lorsqu’une fonction prestigieuse était interdite aux femmes, le féminin désignait l’épouse. Les métiers concernés par ce problème, comme « préfète » ou « ambassadrice » sont aujourd’hui ouverts aux femmes. En 2014, 15,7% des préfet.e.s sont des femmes. Par ailleurs, se pose-t-on la question de savoir si la nomination de leurs époux (« Monsieur le préfet » ?) concurrence les hommes exerçant ce métier ? Et que faire si « Monsieur le préfet » est marié à un homme ? Les usages langagiers doivent s’adapter aux usages sociaux.